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LA GUERRE DE 1870

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En 1870, Strasbourg fait figure de cité opulente et conservatrice, un peu à l’image de cette campagne alsacienne qui l’environne. Ses fortifications massives, trouées de six p n’ont d’égal en majesté que la flèche altière de la célèbre cathédrale. A l’extérieur de l’enceinte s’étendent les vastes campagnes du Neuhof, de Schiltigheim ou de la Robertsau. Elles appartiennent aux grands aristocrates, aux Zorn de Bu. Mullenheim, Castex et autres Pourtalès pour qui la richesse c une affaire de famille. Au dehors de la ville se situent égale ment les activités grâce auxquelles la bourgeoisie locale doit  son ascension : les moulins des grands brasseurs Hatt et Grubei les tanneries Herrenschmidt du Wacken…

A  l’intérieur,  le spectacle est tout différent;  80 personnes s’entassent dans un espace inchangé depuis près de deux siècles. Comme le souligne l’historien G. Foessel, cela  suffisait à donner à cette  population serrée dans ses murailles l’aspect d’une véritable fourmilière, aux rues d’autant plus Grouillantes qu’elles étaient étroites et contournées. Mais et même temps, cette population formait comme une grande famille condamnée à l’entente dans une unique demeure. Ce n’est pas que cette population fût homogène et les disparités sociales s j faisaient sentir autant qu’ailleurs : mais le manque de place et l’absence de quartiers sociologiquement déterminés en faisait uni société beaucoup plus brassée que dans le Paris de Haussmann e; qui connaissait mal des oppositions tranchées et les haines sociales.

La cité proprement dite a l’apparence d’un enchevêtrement de vieilles maisons en bois, comme collées les unes aux autres. Apparence singulière qui laisserait presque penser qu’à Strasbourg le temps s’est arrêté depuis le Moyen Age. Apparence fallacieuse cependant, vite démentie par la physionomie d’un centre ville traversé par la Grand ‘Rue et bordé par une multitude de résidences cossues et d’hôtels somptueux tels que la Maison Rouge, la Vignette ou l’Ours Noir. Cœur de la cité, la place Kléber abrite le centre de l’autorité militaire, qui y a installé son état-major. Cela suffit à rappeler au promeneur insouciant que Strasbourg est aussi une place forte de première importance pour la France, surtout dans un contexte aussi tourmenté que celui de l’Europe de 1870.

Sous la poigne d’acier de Bismarck, la Prusse est en effet en train de réaliser autour d’elle l’unité  de l’Allemagne. L’Autriche a déjà été écartée des affaires allemandes à Sadowa Le dernier obstacle reste la France, adversaire presque que voisine. A terme, l’affrontement paraît inévitable, lutant que Bismarck et que le chef d’état-major prussien me. Les autorités françaises semblent en avoir conscience. Pourtant, alors que les Etats allemands (aussi bien les Etats d’Allemagne méridionale que la Prusse) renforcent à outrance leur armement et leur préparation, les responsables militaires  Français font  preuve  d’une  imprévoyance et d’une  incurie difficiles à concevoir.

A Strasbourg, le baron lieutenant-colonel Stoffel, ancien  attaché militaire à Berlin, et le général Ducrot, officier compétent s’il en est, insistent à plusieurs reprises avec inquiétude sur la précarité du système de défense local. Les rapports se succèdent  uns plus alarmistes que les autres. Personne n’ose encore imaginer que la défaillance s’est généralisée à l’ensemble du pays.  D’ailleurs, dans cette France dirigée par un rêveur couronné que Bismarck n’a pas hésité à qualifier de « grande incapacité méconnue  »

Le 14 juillet éclate l’incident de la  » dépêche d’Ems « . En France l’exaltation béate est plus que jamais de rigueur, un journal comme « Le Pays  » assure à ses lecteurs : « La France n’a jamais été aussi bien préparée à la guerre qu’en ce moment. Ce serait une faute, ce serait un crime de ne pas profiter n actuelle pour donner à l’ordre et à la paix de une base solide et définitive « . Fort de l’encourage  de son ministre Rouher ( ‘ ‘ Sire, grâce à vos soins la France Napoléon III  déclare le  19  juillet la guerre à la Prusse…

Les français ne tardent pas à s’apercevoir que l’arrogance tenu lieu de préparation et encore moins de stratégie : sur le terrain. C’est aussitôt le choc brutal : la révélation de l’écrasante supériorité allemande.

Parfaitement entrainés et  organisés,  soutenus  par une landwebr remarquablement efficace, les 800 000 soldats du feld-marschal von Moltke s’apprêtent à donner l’assaut à  » l’ennemi  héréditaire « . Du côté français par contre, l’improvisation est reine.  Dans chaque bataillon, régiment ou garnison triomphent la désorganisation voire l’insubordination et l’indiscipline. Pour les officiers,  la  première  difficulté  consiste  à  partir  à  la recherche de leurs troupes. Situation tragi-comique qui voit aux et autres stratèges s’enquérir d’unités errantes au même parfois inexistantes. De Belfort, le 21 juillet, le général bel lance un câble désespéré : « Suis arrivé à Belfort – pas ta brigade – pas trouvé général de division – que dois-je ) Sais pas où sont mes régiments ‘ ‘.

A Metz les conditions ne sont guère meilleures et le 3e Corps obligé de partir en campagne sans intendance. Le maréchal ai-même, major général des armées et ancien ministre de la guerre, n’est pas épargné par de tels tourments. C’est ont lui qui, peu auparavant, s’est esclaffé avec une belle rance :  » Nous sommes prêts, archiprêts. Quand la guerre devrait  durer un an, il ne nous manquera pas un bouton de guétre !

tandis que les trois armées françaises prévues initialement fusionnement, dans le tumulte et la confusion, en une seule grande armée Moltke dispose ses troupes avec minutie aux lisières de la France : trois armées commandées respectivement  d’ouest en est par le feldmarschal Karl Friedrich von  steinmetz, le prince Frédéric-Charles et le prince royal Frédéric guillaume. Forte de 130 000 hommes environ et composée des 5e et IIe corps prussiens, ainsi que d’éléments badois, wur tembergeois  et bavarois, l’armée du Kronprinz se fixe l’Alsace pour objectif.

A partir du 3 août, la 3e armée allemande déferle sur Wissembourg et la Lauter. Aussitôt, les troupes du maréchal ‘Mac-Mahon, étirées de Sarreguemines à Belfort, se trouvent en S’il est vrai que l’armée française dispose d’une appréciable  puissance de feu avec le fameux fusil  ‘ ‘ Chassepot «non lance-balles, les Allemands sont cinq fois supérieurs disposent d’une artillerie à plus grande portée. De mat-major français (et en règle générale le sommet de la hiérarchie militaire) donne la preuve de son incapacité insondable  en alternant velléité et temporisation. Le 4 août, la division De est en partie décimée à Wissembourg par l’artillerie prussienne .C’est la retraite qui va rapidement se transformer en débâcle : incontrôlée dès le surlendemain.

Les opérations se déroulent de manière analogue à Lorraine, où les troupes du général Frossard livrent un combat  désespéré entre Stiring et Forbach. En Alsace, harcelées par la cavalerie badoise et par le pilonnage incessant des canons Krupp les forces françaises abandonnent le nord de la région et reflue! En direction de Strasbourg. Le 6 août a lieu la désastreuse bataille de Froeschwiller-Woerth qui résume presque à elle seule le drame de l’armée française.

Pratiquement isolées à Elsasshausen et sur la rive droite de la Sauer, les cinq divisions du Maréchal Mac-Mahon (seule ment rejointes par les 15 000 hommes des divisions Guyot de Lespart, Bonnemain et Conseil-Dumesnil) sont contrainte à un contre quatre, à une bataille perdue d’avance dans les champs de houblon de Woerth et de Froeschwiller. Pendant : longues heures, les combats font rage, sanglants et impitoyables Bien que les Français se battent héroïquement, le sabre haut et baïonnettes au canon, ils ne peuvent rien face aux rafales d’obus et de balles. Afin de protéger la retraite du gêner. De Lartigue, les cuirassiers du colonel Guyot de la Rochère et du  colonel Waternau ainsi que les deux escadrons de lancier regroupés dans la brigade du général Michel entreprennent une série d’assauts aussi courageux que suicidaires. Ainsi entre dans la légende la célèbre charge des Cuirassiers de Reichshoffen.

Au total, près de 8 000 soldats français, dont 760 officiers, se retrouvent hors de combat. A Elsasshausen, l’assaut livre à division Bonnemain est encore plus effroyable. A la suit d’affrontements d’une intensité inouie, 120 000 Allemands se rendent maîtres du terrain face à 38 000 Français dont l’abnéga­tion est telle que le Kronprinz Frédéric-Guillaume ne peut que leur rendre ce bel hommage : ‘ ‘ Voulant vaincre ou mourir, les Français offraient un spectacle digne des plus grandes épopées. Et si les vainqueurs ont le droit d’être fiers, quel respect ne votent-ils pas aux vaincus ! ‘ ‘

La bataille de Froeschwiller achevée, le vainqueur (lui-même éprouvé par les terribles salves des ‘ ‘ chassepots ‘ ‘) progresse lentement. Il est vrai que l’Alsace est d’ores et déjà perdue pour les Français qui refluent vers le col de Saverne; Tandis que  »   5e  corps de Failly  demeure immobile  sur  ses  positions bitche et de Niederbronn, s’amorce l’hallucinante déroute restes   de l’armée   de Mac-Mahon.   Une déroute   qui toutes les imaginations, dont celle de G. Fischbach :

« Des milliers de chevaux brûlent le sol, avancent dans un de poussière et un grondement de tonnerre, montés par soldats français, cuirassiers, artilleurs, hussards, lanciers, dragons,-zouaves, turcos, chasseurs, infanterie (chacun avait sauté sur la première monture qu’il avait pu saisir) et la bande galopait furieusement, sans regarder en arrière, comme si des démons la chassaient devant eux…  L’effrayante chevauchée y Haguenau, sort par la porte de Strasbourg, où elle se débande brusquement, certains fuyards prenant à travers champs, tombant haletant au bord du chemin, d’autres allant toujours droit devant eux,  semant dans les villages qu’ils traversent cette lugubre nouvelle : l’armée de Mac-Mahon est vaincue…

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